Combien de temps passe-t-on à naviguer sur internet par jour? À lire les commentaires de nos amis sur Facebook? À lire nos courriels et à y répondre? À chercher une information quelconque sur Google? Je ne tiens pas un décompte exacte des minutes que j’accorde à ces activités, mais je suis présente sur la toile à chaque jour et du temps devant mon ordinateur, j’en passe! La question légitime à se poser est : « est-ce du temps perdu ou du temps investi? » La réponse à cette question prend tout son sens avec la théorie de l’apprentissage qu’est le connectivisme…
Il y a cinq éléments à la base de toute théorie de l’apprentissage (Siemens, 2008):
- Nous avons besoin d’externaliser nos idées afin de leur trouver un sens. Le langage, l’art et plusieurs autres artéfacts nous permettent de nous exprimer aux autres et de tester notre compréhension.
- Nous avons besoin de structure et d’encadrement afin de donner un sens à nos idées. Ces structures, théories, concepts ou philosophies existent afin de prévenir une paralysie qui serait due à l’abondance d’informations.
- Nous avons besoin de socialiser et de débattre de nos idées. Nos idées se forment et sont influencées par nos échanges et dialogues avec les autres.
- Nous avons un esprit modélisé. Notre esprit est formé à noter, à reconnaître et à créer des modèles à partir de situations complexes. Par exemple, la reconnaissance d’un visage humain requiert une utilisation complexe du système cérébral.
- Nous avons un désir d’étendre notre humanité à l’aide de la technologie. Afin de dépasser les limites dues à notre physiologie humaine, nous développons des technologies. Par exemple, l’invention de la roue nous a permis de nous déplacer plus rapidement…
Il existe diverses théories de l’apprentissage telles le cognitivisme, le constructivisme et le behaviorisme. Ce qui diffère d’une théorie à l’autre, c’est la conception de ce qu’est « apprendre ». Pour le behavioriste, le processus interne d’apprentissage est incompréhensible (théorie de la boite noire). Nous ne pouvons comprendre ce qui se passe à l’intérieur de la personne, seul le comportement observable est important (Gredler, 2005). Pour le cognitiviste, l’apprentissage est considéré comme un processus d’entrée de données dans la mémoire à court terme qui doivent être encodées dans la mémoire à long terme. Les connaissances y sont des construits mentaux dans la mémoire de l’apprenant (Buell). Les behavioristes et les cognitivistes considèrent que les connaissances sont externes à la personne et que le fait d’apprendre correspond à l’action d’intérioriser les connaissances. Les constructivistes, quant à eux, suggèrent que les apprenants créent les connaissances dans leurs efforts pour comprendre leurs expériences (Driscoll, 2000). Ainsi, les apprenants tentent activement de donner une signification aux connaissances (to create meaning) et l’apprentissage est un processus social.
Pourquoi une nouvelle théorie de l’apprentissage? Georges Siemens, le théoricien derrière l’idée du connectiviste vous dirait que les principales théories énoncées précédemment ont leurs limites, mais également que l’avancement technologique des dernières années nous amène à redéfinir notre manière d’apprendre…
Ce qu’est le connectivisme:
Pour le connectiviste, » l’apprentissage est un processus qui se produit dans des environnements flous composés d’éléments de base changeants, et qui n’est pas entièrement sous le contrôle de l’individu. L’apprentissage peut résider en dehors de l’individu (au sein d’une organisation ou une base de données), et se concentre sur la connexion d’ensembles d’informations spécialisées. Les liens qui permettent d’apprendre davantage sont plus importants que l’état actuel de notre connaissance » (Siemens, 2005). La production de connaissances s’exerce par le biais de connexions qui se produisent simultanément dans le cerveau de l’apprenant (réseau neuronal), entre l’apprenant et des supports d’apprentissage (réseau conceptuel), et entre l’apprenants et d’autres individus (réseau social). « Cet état de connexion généralisée est un processus d’apprentissage en lui-même, qui s’accommode difficilement de parcours linéaires, de transmission unilatérale de savoirs et de mémorisation à partir d’un corpus de références limité et prédéterminé » (Vaudreuil, 2011). Le connectivisme est motivé par la compréhension du fait que les prises de décision sont fondées sur des bases qui se modifient rapidement. De nouvelles informations sont constamment acquises. La capacité d’établir des distinctions entre l’information importante et sans importance est vitale. La capacité de reconnaître quand de nouvelles informations modifient le paysage en fonction des décisions prises hier est également critique.
Ainsi, pour naviguer dans le chaos informationnel qu’est l’internet, l’apprenant modélise ses apprentissages par la création de connexions à l’intérieur de réseaux. Alors… Est-ce que je perds mon temps devant mon écran d’ordinateur? Non, j’apprends! Tout comme vous qui venez de lire cet article. Vous ne retiendrez sans doute que quelques informations de votre lecture, mais si vous vous souvenez comment retrouver cet article, vous avez créé une connexion (ou un lien) qui vous permet d’apprendre davantage. Voilà ce que dit la théorie du connectivisme… l’apprentissage ne réside pas nécessairement dans l’apprenant… la manière de retrouver l’information est aussi importante que l’information elle-même.
The pipe is more important than what is inside the pipe!
Références
Buell, C. (non daté). Cognitivism. Récupéré le 18 février 2011 de http://web.cocc.edu/cbuell/theories/cognitivsm.htm
Driscoll. M. (2000). Psychology of learning for instruction. Needham Heights, MA: Allyn & Bacon.
Gredler, M.E. (2005). Learning and instruction: Theory into practice – 5e edition. Upper Saddler River, NJ: Pearson Education.
Siemens, G. (2005). Connectivism: A learning theory for the digital age. International Journal of Instructional Technology and Distance Learning. 2(1), 3-10.
Siemens, G. (2008). Defining connectivism. Cours en ligne offert dans le cadre du CCK11: Connectivism and connective knowledge. Récupéré le 13 février 2011 de http://elearnspace.org/media/WhatIsConnectivism/player.html
Vaudreuil, C. (2011). Le connectivisme, ou le lien comme principe de base d’apprentissage. Récupéré le 18 février 2011 de http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/2011/02/03/le-connectivisme-ou-le-lien-comme-principe-de-base-d%E2%80%99apprentissage-cck111/